Sète, quai des brumes

Publié le par Gardiens de Thau ses Ports et sa Lagune

Port de Sète, quai I3. Une brume épaisse s’est installée en même temps que la nuit, il est tard.

Les phares de ma voiture, faisceaux de lumière, trouent l’obscurité humide. Tout ruisselle.

Je longe le quai chaotique jusqu’au navire qui m’attend, docile et patient. Le quai est glauque, vide, seul le projecteur du quai, tel un lumignon, me donne un repère. A travers le brouillard rampant j’aperçois le bateau, sa masse et ses feux blafards et rassurants.

Je m’arrête sous les grues, immobiles, cyclopes de fer, qui semblent me regarder de leur œil unique et rouge.

Délesté de son chargement le navire est haut sur le quai, ses cales sont vides et fermées, la coupée que j'emprunte est abrupte, mouillée et glissante. Il y a encore quelques minutes le quai était vivant d’activité : dockers, engins, cris…. Maintenant c’est le silence brut, lourd, troublé uniquement par le bruit têtu et sourd de la machine qui se prépare.

Me voici dans les coursives désertes, le sol tremble, le rythme de la machine s’accélère, le navire est prêt à partir. Déjà j’ai prévu l’heure du départ, bientôt les lamaneurs vont arriver sur leurs barques fragiles et s’affaireront sur les cordages pour libérer le navire de ses entraves. Le capitaine m’attend, souriant, c’est moi qui donne le feu vert. Sous une lumière avare les documents sont rapidement signés, le capitaine est prêt, les hommes à leur poste. Bientôt le pilote montera à bord, dernier maillon. Je salue le capitaine et repart. Sur le quai je jette un dernier regard au navire prêt à s’enfoncer dans cette nuit qui va l’engloutir, des marins, ombres fugaces, se préparent déjà à remonter la coupée. Au loin j’entends les lamaneurs invisibles qui s’approchent et s’interpellent.

Demain, un autre navire viendra à sa place.

Francis PEREZ

 

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